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    Pourquoi l’écosystème fintech britannique demeure en pleine forme malgré la crise

    June 4, 20256 Mins Read


    Pourquoi l'écosystème fintech britannique demeure en pleine forme malgré la crise

    Le gouvernement travailliste veut combler les deux points faibles du secteur : une soif insatiable de talents qualifiés et un manque d’argentiers sur les financements tardifs.

    Les cadres de Monzo ont sans doute mis le champagne au frais. La néobanque, lancée il y a une dizaine d’années dans la capitale britannique, vient de dépasser le milliard de dollars de chiffre d’affaires pour la première fois de son histoire. Une performance atteinte grâce à l’ajout de 2,4 millions de nouveaux clients sur l’année fiscale écoulée, portant son nombre total d’utilisateurs (particuliers et professionnels confondus) à 12 millions et gonflant son chiffre d’affaires de 50%. Valorisée l’an dernier à hauteur de cinq milliards de dollars grâce à une levée de fonds dans laquelle Alphabet a joué un rôle central, la jeune pousse britannique envisage désormais une potentielle entrée en bourse d’ici la fin de l’année.

    Monzo n’est pas un cas isolé : pour l’écosystème fintech britannique, nombre d’indicateurs sont au vert, en dépit du contexte international défavorable aux start-ups (hormis celles de l’IA), qui a conduit à une baisse des investissements dans les start-up pousses de la fintech sur tous les marchés l’an passé. Malgré des levées de fonds en baisse, le secteur britannique des fintech demeure ainsi le deuxième au monde derrière celui des Etats-Unis : les jeunes pousses y ont levé près de trois milliards de livres sterling, soit davantage que celles des cinq pays européens suivants, selon les données d’Innovate Finance, un groupe d’intérêt britannique qui représente la scène fintech locale. L’industrie s’attend en outre à un rebond des investissements et levées de fonds sur l’année 2025.

    Monzo n’est pas la seule start-up à sortir du lot. Tide, une autre fintech, se rapproche du statut de licorne, Allica Bank caracole en tête du prestigieux classement The Times Hundred, qui rassemble les cent entreprises les plus prometteuses du Royaume-Uni, et Revolut poursuit son irrésistible ascension en étoffant son offre de services.

    Le secteur britannique des fintech prévoit en outre des embauches de 32% supérieures à l’année précédente, motivées notamment par une professionnalisation et une forte croissance des entreprises du secteur, qui les conduit à investir davantage dans la conformité réglementaire et la cybersécurité. La demande de spécialistes de la criminalité financière devrait s’accroître de 50% cette année, d’après une étude conjointe menée par Morgan McKinley et Vacancysoft.

    Savoir ancestral de la City

    Le dynamisme du secteur fintech britannique est porté par l’enthousiasme du public, friand d’innovations dans ce domaine : 87% des adultes britanniques utilisent ainsi au moins un service fintech. Mais aussi, bien sûr, par la solide industrie financière d’outre-Manche, fruit du statut de place boursière internationale dont jouit Londres depuis plusieurs siècles. La croissance de l’écosystème fintech a ainsi été nourrie par les synergies tissées avec les institutions financières traditionnelles.

    La banque Starling, par exemple, propose une place de marché virtuelle avec différents produits financiers accessibles grâce à un partenariat avec des start-up du secteur. Santander, une banque espagnole dotée d’une forte présence londonienne, a fortement investi dans le spécialiste des paiements internationaux Ebury. La jeune pousse TrueLayer fournit quant à elle une interface de programmation d’applications qui permet à de grandes banques comme HSBC et NatWest de moderniser leurs applications bancaires respectives.

    L’accélérateur FinTech Innovation Lab London est même spécialisé dans la mise en relation des jeunes pousses fintech les plus prometteuses avec de prestigieuses institutions financières, qui prodiguent conseils, opportunités de projets pilotes et aiguillage stratégique aux jeunes têtes blondes de la finance.

    A cela vient s’ajouter un réseau d’universités de renommée mondiale, avec d’excellentes formations : l’Université d’Oxford et celle de Manchester possèdent ainsi chacune un programme fintech d’excellence.

    Soutien des autorités et du grand frère américain

    Mais aussi un soutien important de la part des pouvoirs publics, conscients de l’atout que constituent les fintechs pour l’économie britannique dans la compétition internationale. La Financial Conduct Authority (FCA), le gendarme de la bourse britannique depuis le Brexit, a lancé dès 2016 le projet Sandbox pour permettre aux fintech de tester des solutions innovantes auprès d’un petit groupe de consommateurs, avec des garanties sur la protection de leurs données. Cela a permis aux start-up de tester leurs solutions dans un environnement sûr, mais également au régulateur de rester au fait des dernières évolutions du marché et donc d’adapter rapidement les règles, de manière pragmatique.

    Enfin, le marché britannique bénéficie aussi de sa proximité avec les Etats-Unis, premier écosystème fintech mondial. Quand un acteur américain des fintechs souhaite ouvrir une tête de pont en Europe, il opte généralement pour le Royaume-Uni, en raison de la proximité culturelle et linguistique, à l’instar de Robinhood, application de courtage qui a ouvert son service aux Britanniques en mars 2024. Les géants américains sont par ailleurs prompts à investir dans les jeunes pousses d’outre-Manche. La plateforme cryptos Coinbase a ainsi récemment lancé un accélérateur doté de plusieurs millions de dollars au Royaume-Uni pour financer les start-ups locales.

    Des mégafonds de pension sur le modèle américain

    A l’instar des autres pays européens, le Royaume-Uni a pour talon d’Achille le manque d’options offertes aux entreprises les plus matures pour se financer. La proximité avec le marché américain constitue à cet égard une arme à double tranchant. Pour les fintech britanniques les plus brillantes, la question d’entrer en bourse à New York plutôt qu’à Londres se pose immanquablement. Monzo étudie ainsi sérieusement les deux possibilités, et le CEO, TS Anil, serait plutôt favorable à l’option new-yorkaise. Revolut, qui envisage une entrée en bourse cette année ou la suivante, pencherait également pour le Nasdaq. D’autres sont rachetées par de grands groupes américains avant d’atteindre ce stade : ce fut le cas de Worldplay, en 2017. Ce spécialiste des paiements a été racheté par le géant américain Vantiv, qui en a fait un géant mondial.

    C’est notamment pour résoudre ce défi qu’Innovate Finance a lancé en mars l’Unicorn Council for UK Fintech, qui rassemble des membres des start-up les plus matures du secteur pour apporter des recommandations en matière de politiques publiques. Le gouvernement travailliste actuel planche de son côté sur une réforme des fonds de pension britannique qui résulterait en une consolidation massive, les quelque 86 fonds existants étant combinés pour former quelques “mégafonds” capables d’investir des sommes plus importantes, notamment dans les jeunes pousses les plus matures, qui ont des besoins en financements plus importants.

    Ces mégafonds pourraient rivaliser en taille avec leurs homologues d’outre-Atlantique, qui, en investissant de fortes sommes dans les fintech britanniques, poussent certaines des plus prometteuses à s’expatrier. “Nos fonds de pensions sont trop petits pour effectuer le type d’investissements susceptibles d’offrir de bons retours pour les épargnants et d’aider notre économie à croître”, a déclaré Rachel Reeves, la chancelière de l’Echiquier britannique, qui porte le projet. Le gouvernement travailliste, qui a promis un tour de vis anti-immigration, a également promis de mettre en place davantage de visas réservés aux talents des nouvelles technologies.



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